7.11.1 Jésus est mort... parce qu'on l'a tué
Les évangiles montrent comment la parole et le comportement de Jésus avaient fini par faire de lui un gêneur. Comme l’écrit l’évangéliste Jean :
Jean 3,19: « La lumière est venue dans le monde, et les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises. »
Certains avaient des motifs religieux pour en vouloir au Christ. Ses paroles et ses gestes leur paraissaient incompatibles avec la Loi de Moïse. Jean note très explicitement :
Jean 5,18: « C’est pourquoi les Juifs cherchaient à faire mourir Jésus, car non seulement il violait le repos du sabbat, mais encore il disait que Dieu était son propre Père, et il se faisait ainsi l’égal de Dieu. »
D’autres avaient des raisons plus stratégiques ou politiques. Les autorités en place craignaient que son influence ne suscite un soulèvement du peuple contre l’occupant romain. Pour obtenir de l’administration impériale une sentence de mort, elles présentèrent Jésus comme prétendant à la royauté et donc ennemi de César :
Jean 19,12: « Dès ce moment, Pilate cherchait à le relâcher. Mais les Juifs criaient: “Si tu relâches cet homme, tu n’es pas ami de César; quiconque se fait roi se déclare contre César.” »
Ainsi, Jésus subit le supplice romain de la crucifixion, un châtiment réservé aux esclaves et aux ennemis politiques.
Jésus n’a pas cherché la mort. Bien au contraire, à Gethsémané, il a prié son Père :
Luc 22,42-44: « Père, si tu voulais éloigner de moi cette coupe ! Toutefois, que ce ne soit pas ma volonté qui se fasse, mais la tienne. Alors un ange lui apparut du ciel pour le fortifier. Saisi d’angoisse, il priait plus instamment, et sa sueur devint comme des grumeaux de sang qui tombaient à terre. »
Ce détail médicalement rare est appelé hématidrose : sous l’effet d’une angoisse extrême, les capillaires sanguins des glandes sudoripares se rompent, entraînant une sueur mêlée de sang. Si Jésus a connu cette peur intense et a supplié son Père d’éloigner la coupe, pourquoi n’a-t-il pas simplement pris la fuite, comme il l’aurait pu avant son arrestation ? Une partie de la réponse tient sans doute à sa détermination à aller jusqu’au bout de sa mission et à faire la volonté de son Père. Fidèle à l’annonce du Royaume de Dieu, il a accepté d’assumer les conséquences de son message, même si cela devait l’exposer à la mort. Mais y a-t-il plus que cela ? Fallait-il vraiment que Jésus meure — et pourquoi ?
Pour ses disciples, cette fin brutale fut un scandale et une énigme. Comment le Messie pouvait-il finir sur une croix ? Pour tenter de donner sens à cet événement, ils ont relu les Écritures et cherché dans les traditions d’Israël des clés d’interprétation qui expliqueraient pourquoi il « devait » mourir. C’est de cette relecture qu’ont émergé les grandes compréhensions de la croix, que nous allons explorer dans les chapitres suivants.
Mais avant cela, il est important de clarifier les éléments bibliques qui permettent de bien comprendre ces interprétations.