7.6 Jésus est-il vraiment mort sur la croix ?

7.6 Jésus est-il vraiment mort sur la croix ?

La mort de Jésus est au cœur de la foi chrétienne. Sans crucifixion, pas de résurrection. Pourtant, certains ont avancé que Jésus n’était pas réellement mort sur la croix. Le Coran, rédigé au VIIᵉ siècle, affirme explicitement le contraire :

155. (Ils ont été maudits) à cause de leur rupture de l’alliance, de leur mécréance à l’égard des signes d’Allah, de leur mise à mort injustifiée des prophètes, et de leur parole : « Nos cœurs sont enveloppés ». — En réalité, Allah a scellé leurs cœurs à cause de leur mécréance : ils ne croient donc que très peu.
  1. Et à cause de leur mécréance et de l’énorme calomnie qu’ils ont proférée contre Marie,

  2. et à cause de leur parole : « Nous avons tué le Messie, Jésus, fils de Marie, le messager d’Allah »… Or, ils ne l’ont ni tué ni crucifié ; mais ce n’était qu’un faux semblant ! Et ceux qui ont discuté sur son sujet sont vraiment dans le doute : ils n’en ont aucune connaissance certaine, mais ne font que suivre des conjectures. Ils ne l’ont certainement pas tué.

  3. Mais Allah l’a élevé vers Lui. Et Allah est Puissant et Sage.

— Sourate 4:155–158

Contexte du passage : la négation de la crucifixion s’inscrit dans une série d’accusations portées contre certains juifs dans la sourate 4 (An-Nisâ’). Ces reproches incluent :

  • la violation de l’alliance (v.155),
  • l’incrédulité et le rejet des signes de Dieu (v.155),
  • le meurtre injustifié de prophètes (v.155),
  • la calomnie contre Marie, mère de Jésus (v.156),
  • et enfin, la prétention d’avoir tué le Messie, que le Coran dément explicitement (v.157).

Selon l’interprétation musulmane, Jésus n’aurait donc pas été mis à mort : Dieu l’aurait protégé et « élevé vers Lui ». Plusieurs exégètes musulmans ont compris que Dieu aurait substitué un autre à sa place sur la croix, tandis que d’autres voient dans l’expression « cela leur est apparu ainsi » une insistance sur l’illusion et l’incertitude des témoins.
Dans tous les cas, le Coran rejette l’idée d’une crucifixion et affirme que Jésus a été préservé, ce qui constitue une divergence majeure avec le témoignage central du Nouveau Testament.

Plus tard, des auteurs modernes ont proposé la « théorie de l’évanouissement » : Jésus ne serait pas mort mais seulement évanoui, puis ranimé dans le tombeau. Cette hypothèse a été défendue par Karl Bahrdt et Karl Venturini au XIXᵉ siècle, puis reprise au XXᵉ par Hugh Schonfield dans The Passover Plot (1965) ou Barbara Thiering en 19921.

Mais qu’en disent l’histoire, la médecine et l’archéologie ?


1. La thèse de l’évanouissement #

Les sceptiques s’appuient sur certains détails des évangiles : Jésus aurait reçu une boisson sur la croix (Marc 15:36), Pilate aurait été surpris de la rapidité de sa mort (Marc 15:44), et son corps aurait été déposé au tombeau avant la tombée de la nuit. Certains y voient la preuve d’une mort apparente suivie d’une réanimation fortuite.

Mais cette théorie pose de graves incohérences. Déjà en 1835, le théologien allemand David Strauss soulignait que, si Jésus avait survécu dans un état mutilé et agonisant, ses disciples ne l’auraient jamais proclamé « Seigneur ressuscité » et vainqueur de la mort. Ils auraient au mieux pris soin de lui, pas fondé un mouvement mondial2.


2. L’enquête de Lee Strobel #

Dans Jésus, l’Enquête (2007 pour l’édition française), le journaliste Lee Strobel a étudié cette hypothèse en interrogeant le Dr Alexander Metherell, médecin et chercheur spécialisé en radiologie. Son analyse médico-légale repose sur les récits évangéliques confrontés à la science moderne3.

  • Avant la croix :
    • La Bible décrit l’angoisse extrême de Jésus à Gethsémané :

      Matthieu 26:37-38 : « Il prit avec lui Pierre et les deux fils de Zébédée, et il commença à éprouver de la tristesse et des angoisses. Il leur dit alors : Mon âme est triste jusqu’à la mort ; restez ici et veillez avec moi. »
      Marc 14:33-34 : « Il prit avec lui Pierre, Jacques et Jean, et il commença à être saisi d’effroi et d’angoisse. Il leur dit : Mon âme est triste jusqu’à la mort ; restez ici, et veillez. »
      Luc 22:44 : « Étant en agonie, il priait plus instamment, et sa sueur devint comme des grumeaux de sang, qui tombaient à terre. »

      La médecine identifie ce phénomène comme une hématidrose, un trouble très rare où, sous l’effet d’une peur ou d’un stress extrême, de petits vaisseaux sanguins se rompent autour des glandes sudoripares, provoquant une sueur mêlée de sang et rendant la peau particulièrement fragile. Cela rend la flagellation encore plus insupportable.

    • Or, la flagellation romaine lacérait le dos jusqu’aux muscles et provoquait une hémorragie massive. Jésus entra dans un choc hypovolémique : accélération cardiaque, chute de tension, soif intense, évanouissements.

      Jean 19:28 : « Après cela, Jésus, qui savait que tout était déjà consommé, dit, afin que l’Écriture fût accomplie : J’ai soif. »

  Jésus  
 
  • La crucifixion : Les clous étaient enfoncés dans les poignets et les pieds, écrasant les nerfs et provoquant une douleur insoutenable. Suspendu, le condamné devait se hisser pour expirer. La mort survenait par asphyxie progressive et par arrêt cardiaque.

  • Le coup de lance :

    Jean 19:34 : « Mais un des soldats lui perça le côté avec une lance, et aussitôt il sortit du sang et de l’eau. » La médecine moderne identifie ce phénomène comme un épanchement pleural et péricardiaque, conséquence d’un arrêt cardiaque et d’un traumatisme thoracique. Pour Metherell, ce détail atteste que Jésus était bel et bien mort.

Metherell conclut (Jésus, l’Enquête)3:

Il n’y a aucun doute possible, Jésus était mort

Ce chapitre de Jésus, l’Enquête m’a profondément bouleversé : il m’a fait réaliser, d’une manière crue et inoubliable, l’horreur insoutenable qu’a endurée Jésus. Devant une telle souffrance, il m’apparaît impensable qu’un être humain puisse y survivre.


3. Confirmation par d’autres experts #

Les conclusions de Metherell sont confirmées par d’autres spécialistes. En 1986, le Dr William D. Edwards et ses collègues ont publié dans le Journal of the American Medical Association une étude détaillée sur la crucifixion. Leur article4 conclut :

Le poids des preuves historiques et médicales indique que Jésus est mort sur la croix. Les théories reposant sur l’idée qu’il a survécu sont incompatibles avec les connaissances médicales modernes

Du côté de l’archéologie, une découverte en 1968 à Jérusalem a confirmé l’usage de clous pour fixer les crucifiés. Les ossements d’un homme nommé Yohanan montraient un clou de 17 cm encore fiché dans son talon, avec des fragments de bois, validant le témoignage des évangiles sur cette pratique5.


4. La compétence des Romains #

Certains sceptiques avancent que les soldats romains auraient pu se tromper en constatant la mort de Jésus. Mais il faut rappeler que leur métier était d’exécuter. Un soldat qui laissait un condamné en vie risquait sa propre mort. Ils savaient reconnaître un cadavre. De plus, le coup de lance fut une ultime vérification : impossible d’y survivre.


5. Pourquoi l’hypothèse d’une survie est incohérente #

Même en supposant l’impossible — que Jésus ait survécu — il aurait été dans un état pitoyable : mutilé, ensanglanté, incapable de marcher ni de soulever une pierre massive. Comment aurait-il pu convaincre ses disciples qu’il avait triomphé de la mort ? Comme l’a noté Strauss, un tel survivant n’aurait suscité que pitié et soins, pas la proclamation d’un Messie ressuscité.


Conclusion #

Les détails rapportés dans les Évangiles concordent avec ce que l’on sait des pratiques de crucifixion romaine et s’accordent également avec les connaissances médicales modernes. Ainsi, l’examen attentif du récit de la crucifixion, confronté aux données de l’histoire, de la médecine et de l’archéologie convergent : Jésus est bel et bien mort sur la croix. Comme l’écrit Strobel, la théorie de l’évanouissement est une « fantaisie sans fondement factuel » (Jésus, l’Enquête)3. Et comme le confirme l’article médical du JAMA : les interprétations basées sur l’idée que Jésus a survécu ne s’accordent pas avec les données modernes4.

En résumé:
Les détails rapportés dans les Évangiles concordent avec ce que l’on sait des pratiques de crucifixion romaine et s’accordent également avec les connaissances médicales modernes. Ainsi, l’examen attentif du récit de la crucifixion, confronté aux données de l’histoire, de la médecine et de l’archéologie, confirme de manière convaincante que Jésus est bel et bien mort sur la croix.

Références #


  1. Hugh J. Schonfield, The Passover Plot, 1965 ; Barbara Thiering, Jesus and the Riddle of the Dead Sea Scrolls, 1992. ↩︎

  2. David Strauss, Das Leben Jesu kritisch bearbeitet, 1835. ↩︎

  3. Lee Strobel, Jésus, l’Enquête (titre original The Case for Christ), éd. Ourania, 2007. ↩︎ ↩︎ ↩︎

  4. William D. Edwards, Wesley J. Gabel, Floyd E. Hosmer, “On the Physical Death of Jesus Christ”, Journal of the American Medical Association (JAMA), 1986;255(11):1455–1463. ↩︎ ↩︎

  5. Vassilios Tzaferis, “Crucifixion – The Archaeological Evidence”, Biblical Archaeology Review, vol. 11, n° 1, 1985. ↩︎

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