7.9 Quels sont les indices en faveur de sa nature divine ?
Dans le chapitre précédent, nous avons examiné les indices en faveur de la nature humaine de Jésus : il apprend, prie, se fatigue, connaît la faim, la soif, les émotions, la tentation et la souffrance. Ses paroles soulignent sa dépendance au Père, dont il reçoit son enseignement, et sa volonté constante de se soumettre à Dieu. Les disciples eux-mêmes l’ont présenté comme serviteur et envoyé de Dieu.
Reste alors la question difficile : existe-t-il réellement, dans la Bible, des indices solides en faveur de sa nature divine ? est-il vraiment plus qu’un homme? Honnêtement, il m’a fallu des années pour rassembler les éléments présentés ci-dessous. C’est un sujet qui m’a profondément travaillé, sur lequel j’ai souvent changé d’avis, parfois même radicalement.
Dans ce chapitre, je vais présenter de manière structurée les passages et les indices qui m’ont interpellé au fil du temps, et qui m’ont aidé progressivement à discerner ce qui me semblait le plus plausible.
Miracles attribués à Dieu agissant par Jésus #
Un des premiers indices de la nature divine de Jésus, mentionnés par beaucoup de personnes, est le fait qu’il accomplissait des miracles :
Matthieu 8:1-3 : «Lorsque Jésus fut descendu de la montagne, une grande foule le suivit. Alors un lépreux s’approcha, se prosterna devant lui et dit: «Seigneur, si tu le veux, tu peux me rendre pur.» Jésus tendit la main, le toucha et dit: «Je le veux, sois pur.» Aussitôt il fut purifié de sa lèpre.»
Matthieu 9:27-30 : «Quand Jésus partit de là, il fut suivi par deux aveugles qui criaient: «Aie pitié de nous, Fils de David!» (…) Alors il toucha leurs yeux en disant: «Soyez traités conformément à votre foi», et leurs yeux s’ouvrirent.»
Cependant, selon moi, ces récits ne constituent pas en eux-mêmes une preuve directe de sa nature divine.
Prenons par exemple la résurrection de Lazare :
Jean 11:21-27 : «Marthe dit à Jésus : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. Mais maintenant même, je sais que tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te l’accordera. »
Jésus lui dit : « Ton frère ressuscitera. »
Marthe lui répondit : « Je sais qu’il ressuscitera à la résurrection, au dernier jour. »
Jésus lui dit : « C’est moi qui suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi vivra, même s’il meurt ; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? »
Elle lui dit : « Oui, Seigneur, je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu, qui devait venir dans le monde. » »
Jean 11:39-44 : «Jésus dit : « Ôtez la pierre. »
Marthe, la sœur du mort, lui dit : « Seigneur, il sent déjà, car il y a quatre jours qu’il est là. »
Jésus lui dit : « Ne t’ai-je pas dit que, si tu crois, tu verras la gloire de Dieu ? »
Ils ôtèrent donc la pierre. Et Jésus leva les yeux en haut et dit : « Père, je te rends grâces de ce que tu m’as exaucé. Pour moi, je savais que tu m’exauces toujours ; mais j’ai parlé à cause de la foule qui m’entoure, afin qu’ils croient que c’est toi qui m’as envoyé. »
Ayant dit cela, il cria d’une voix forte : « Lazare, sors ! »
Et le mort sortit, les pieds et les mains liés de bandelettes, et le visage enveloppé d’un linge. Jésus leur dit : « Déliez-le, et laissez-le aller. » »
Ce qui est frappant ici, c’est que Jésus ne demande pas au Père de ressusciter Lazare : il remercie déjà Dieu de l’avoir exaucé. Cela signifie que le miracle est compris comme une action de Dieu, réalisée à travers Jésus. Autrement dit, Jésus agit en parfaite communion et dépendance de son Père, et la prière publique souligne que c’est Dieu qui manifeste sa gloire par lui.
Ce point est confirmé par d’autres passages bibliques qui insistent sur le fait que les miracles de Jésus étaient accomplis avec l’aide de Dieu :
Actes 2:22 : « Hommes d’Israël, écoutez ces paroles ! Jésus de Nazareth, cet homme à qui Dieu a rendu témoignage devant vous par les miracles, les prodiges et les signes que Dieu a faits par lui au milieu de vous, comme vous le savez vous-mêmes. »
Actes 10:38 : « Celui-ci a parcouru le pays en faisant le bien et en guérissant tous ceux qui étaient opprimés par le diable, car Dieu était avec lui. »
Jean 14:10 : « Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même ; et le Père qui demeure en moi, c’est lui qui fait les œuvres. »
Ainsi, les Évangiles et les Actes présentent une tension intéressante :
- d’un côté, Jésus agit avec une autorité unique, se présentant comme « la résurrection et la vie » ;
- de l’autre, ses miracles sont explicitement reliés à l’action de Dieu, soulignant que c’est Dieu qui opère par lui.
Jésus pardonne les péchés #
Dans le judaïsme du Ier siècle, le pardon des péchés était considéré comme une prérogative exclusive de Dieu. Les sacrifices du Temple, les rites de purification ou le ministère des prêtres n’étaient que des moyens institués par Dieu, mais l’acte final du pardon venait de Lui seul. C’est pourquoi, lorsque Jésus déclare au paralytique: «Tes péchés te sont pardonnés» (Marc 2:5), les scribes réagissent immédiatement: «Il blasphème. Qui peut pardonner les péchés, si ce n’est Dieu seul ?» (Marc 2:7).
Pour ses contemporains, un homme ne pouvait pas prononcer de telles paroles sans usurper l’autorité divine. Dans ce contexte, affirmer qu’on a le pouvoir de pardonner les péchés revenait à se mettre à la place de Dieu lui-même. C’était donc impensable pour un juif pieux d’entendre cela sans y voir soit un blasphème, soit une affirmation implicite de divinité.
Jésus accepte l’adoration #
Dans l’Ancien Testament, l’adoration est réservée exclusivement à Dieu:
Exode 20:3-5: «Tu n’auras pas d’autres dieux devant ma face. Tu ne te feras pas d’image taillée, ni de représentation de ce qui est en haut dans les cieux, ni de ce qui est en bas sur la terre […] Tu ne te prosterneras pas devant elles, et tu ne les serviras pas.»
Même les anges ou les prophètes, lorsqu’on tente de les adorer, refusent catégoriquement. Dans Apocalypse 19:10, Jean raconte qu’après avoir entendu l’annonce des noces de l’Agneau, il tombe aux pieds de l’ange pour l’adorer. Mais l’ange refuse catégoriquement. Cela montre que même les anges rejettent l’adoration, qui appartient uniquement à Dieu.
«Je tombai à ses pieds pour l’adorer; mais il me dit: Garde-toi de le faire! Je suis ton compagnon de service, toi et tes frères qui ont le témoignage de Jésus. Adore Dieu!»
Or, Jésus, à plusieurs reprises, reçoit l’adoration de ses disciples et ne la refuse pas :
Matthieu 14:33 : «Ceux qui étaient dans la barque vinrent se prosterner devant Jésus et dirent: Tu es vraiment le Fils de Dieu.»
Matthieu 28:17-18 : «Quand ils le virent, ils se prosternèrent devant lui ; mais quelques-uns eurent des doutes. Jésus, s’approchant, leur parla ainsi : « Tout pouvoir m’a été donné dans le ciel et sur la terre. » »
Jean 20:28-29 : «Thomas lui répondit :« Mon Seigneur et mon Dieu ! ». Jésus lui dit : « Parce que tu m’as vu, tu as cru. Heureux ceux qui n’ont pas vu, et qui ont cru ! »»
On voit bien que dans ce dernier passage, Jésus ne corrige pas Thomas, mais au contraire l’encourage à croire.
Cela est significatif : un maître juif pieux n’aurait jamais accepté un culte réservé à Dieu, à moins d’affirmer qu’il en est digne. Le fait que Jésus accepte l’adoration, contrairement à tous les serviteurs de Dieu dans la Bible, est donc un indice fort de sa nature divine.
La résurrection comme preuve indirecte de la divinité de Jésus #
Un autre élément souvent cité pour « prouver » la nature divine de Jésus est qu’il est ressuscité des morts. Mais selon moi, cela n’est pas une preuve directe de sa nature divine non plus.
En effet, dans Actes 2:22-24 il est clairement mentionné que c’est Dieu qui l’a ressuscité :
« Hommes d’Israël, écoutez ces paroles ! Jésus de Nazareth, cet homme à qui Dieu a rendu témoignage devant vous par les miracles, les prodiges et les signes que Dieu a faits par lui au milieu de vous, comme vous le savez vous-mêmes ; cet homme, livré selon le dessein arrêté et selon la prescience de Dieu, vous l’avez crucifié, vous l’avez fait mourir par la main des impies. Dieu l’a ressuscité, en le délivrant des douleurs de la mort, parce qu’il n’était pas possible qu’il fût retenu par elle. »
Cela montre donc que Jésus n’est pas simplement revenu à la vie par sa propre force. La résurrection doit être comprise comme un acte du Père envers le Fils.
Cependant, elle constitue bien une preuve indirecte de sa nature divine. En le ressuscitant, Dieu approuve pleinement Jésus et son message. Or, ce message contenait des affirmations extrêmement audacieuses (comme on l’a vu ci-dessus; voir aussi tableau ci-dessous): s’identifier au « Je suis », se dire un avec le Père, revendiquer le pouvoir de pardonner les péchés, recevoir l’adoration de ses disciples. Si Jésus avait menti ou exagéré ou blasphémé, Dieu n’aurait pas validé son enseignement par un signe aussi unique.
L’apôtre Paul résume cela en disant que Jésus a été « déclaré Fils de Dieu avec puissance par sa résurrection d’entre les morts » (Romains 1:4). La résurrection n’est donc pas seulement un miracle de plus : elle est la confirmation divine que Jésus est bien ce qu’il prétendait être.
Autres indices bibliques en faveur de la divinité de Jésus #
Outre les miracles, le pardon des péchés, l’adoration reçue et la résurrection, d’autres passages de la Bible laissent entrevoir la condition divine de Jésus. Ces versets, pris ensemble, forment un faisceau d’indices supplémentaires en faveur de la divinité de Jésus.
| Passage biblique | Commentaires |
|---|---|
| Jean 8:58-59 : Jésus leur dit :« En vérité, en vérité, je vous le dis, avant qu’Abraham fût, moi, je suis. » Là-dessus, ils prirent des pierres pour les lui jeter ; mais Jésus se cacha et sortit du temple. Jean 13:19-20 : « Dès à présent, je vous le dis avant que la chose arrive, afin que, lorsqu’elle arrivera, vous croyiez que Moi, je suis. En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui reçoit celui que j’aurai envoyé, me reçoit ; et celui qui me reçoit, reçoit celui qui m’a envoyé. » | L’expression «Je suis» (ego eimi) renvoie explicitement au Nom divin révélé à Moïse -> Exode 3:14 : «Dieu dit à Moïse: Je suis celui qui suis.» -> Les Juifs réagissent vivement, comprenant que Jésus s’identifie à Dieu. |
| Philippiens 2:6-11 : «Lui qui est de condition divine […] il s’est dépouillé […] C’est pourquoi Dieu l’a élevé […] afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse.» | Jésus est présenté comme ayant une nature divine, abaissée volontairement, puis exaltée au-dessus de tout. |
| Hébreux 2:9 : «Celui qui a été abaissé pour un peu de temps au-dessous des anges, Jésus, nous le voyons couronné de gloire.» Jean 6:38 : «Je suis descendu du ciel, non pour faire ma volonté, mais celle de Celui qui m’a envoyé.» | Jésus est décrit comme préexistant, descendu du ciel, envoyé par le Père. |
| Matthieu 5:21-22 : «Vous avez entendu qu’il a été dit aux anciens […] Mais moi, je vous dis.» Marc 2:28 : «Le Fils de l’homme est maître même du sabbat.» | Jésus parle avec une autorité supérieure à Moïse et se présente comme maître du sabbat, institution divine. |
| Jean 14:6-11 : «Je suis le chemin, la vérité et la vie. […] Celui qui m’a vu a vu le Père.» | Jésus se présente comme médiateur exclusif entre Dieu et les hommes, et comme révélation parfaite du Père. |
| Ésaïe 45:23 : «Tout genou fléchira devant moi.» Philippiens 2:10-11 : «Afin qu’au nom de Jésus, tout genou fléchisse […] et toute langue confesse que Jésus-Christ est Seigneur.» | Parallèle direct : ce qui est dit de Yahvé dans l’AT est appliqué à Jésus dans le NT. |
| Matthieu 28:18-20 : «Tout pouvoir m’a été donné dans le ciel et sur la terre […] baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.» | Jésus revendique une autorité universelle et se place au centre d’une formule trinitaire. |
| Jean 8:23 : «Vous êtes d’en bas; moi, je suis d’en haut. Vous êtes de ce monde; moi, je ne suis pas de ce monde.» | Jésus affirme son origine céleste, différente de celle des hommes. |
| Luc 22:70 : «Tu es donc le Fils de Dieu? Jésus répondit: Vous le dites, je le suis.» | Jésus ne nie pas explicitement ce titre, même s’il sait que cela le conduira à sa condamnation. |
Le trilemme de C.S. Lewis #
C.S. Lewis, dans son ouvrage Mere Christianity (Les fondements du christianisme1), présente l’alternative radicale posée par les affirmations de Jésus :
Je tâche ici d’empêcher quiconque de dire la sottise suprême que les gens disent souvent à son sujet : “Je suis prêt à accepter Jésus comme un grand maître de morale, mais je n’accepte pas sa prétention d’être Dieu.” C’est précisément ce que nous ne devons pas dire.Un homme qui n’aurait été qu’un homme et qui aurait dit le genre de choses que Jésus a dites ne serait pas un grand maître de morale. Ce serait soit un fou — au même niveau que l’homme qui dit qu’il est un œuf poché —, soit le démon de l’enfer.
Il faut faire votre choix. Soit cet homme était, et est, le Fils de Dieu ; soit un fou ou quelque chose de pire. Mais qu’il ne nous vienne pas à l’esprit cette niaiserie condescendante qu’il n’était qu’un grand maître de morale. Il ne nous a pas laissé cette option.
Les trois options possibles selon Lewis sont donc:
- Un fou (lunatic) : Jésus croyait être Dieu sans l’être vraiment → une illusion comparable à celle d’un malade mental.
- Un menteur (liar) : Jésus savait qu’il n’était pas Dieu, mais a trompé délibérément ses disciples → ce serait un imposteur religieux.
- Le Seigneur (Lord) : Jésus disait la vérité → il est réellement ce qu’il prétendait être, le Fils de Dieu incarné.
Jésus était-il fou ou menteur ?
Cette question a également été examinée par le journaliste d’investigation Lee Strobel dans son livre Jésus : l’Enquête (The Case for Christ)2. Pour tester l’hypothèse d’un Jésus « fou ou menteur », Strobel interroge le Dr Gary R. Collins, psychologue clinicien et professeur en psychologie.
- Le Dr Collins affirme qu’il n’existe aucun signe dans les Évangiles qui corresponde aux troubles caractéristiques des personnes atteintes d’illusions de grandeur ou de désordre psychologique sévère.
- Bien au contraire, Jésus se montre cohérent, lucide, équilibré, et ses enseignements reflètent une profonde sagesse morale et spirituelle.
- Quant à l’hypothèse du mensonge, le livre rappelle que Jésus a enduré humiliation, souffrance et mort sans jamais renier ses affirmations — ce qui est difficile à concilier avec l’idée d’un imposteur.
👉 Ainsi, ni l’explication du fou, ni celle du menteur ne résistent à l’analyse. Il reste alors la troisième option : Jésus est bien le Seigneur.
Conclusion #
Pris isolément, les miracles pourraient être interprétés comme des signes opérés par Dieu à travers un prophète. Mais le fait que Jésus pardonne les péchés, accepte l’adoration, et que Dieu ait authentifié son message par la résurrection va bien au-delà du rôle d’un simple messager. Ces éléments convergent pour montrer que Jésus n’est pas seulement un homme choisi par Dieu, mais qu’il participe à la sphère divine elle-même.
Les autres passages du Nouveau Testament viennent renforcer cette image : Jésus revendique l’identité du « Je suis », se présente comme préexistant et maître du sabbat, affirme être dans le Père et recevoir une autorité universelle. L’ensemble de ces indices, confirmés par la résurrection, constitue un témoignage fort en faveur de la nature divine de Jésus.
C.S. Lewis résumait ce dilemme en affirmant que face à de telles prétentions, trois options seulement sont possibles : Jésus était soit un fou, soit un menteur, soit réellement le Seigneur. Or, comme l’a montré le journaliste Lee Strobel dans Jésus : l’Enquête, l’analyse psychologique rend très improbable qu’il ait été fou, et son martyre volontaire rend tout autant invraisemblable qu’il ait été un menteur. Reste alors la troisième option : Jésus est bien celui qu’il prétendait être — le Fils de Dieu incarné.
Que comprendre par Fils de Dieu incarné? comment Jésus peut-il avoir à la foi une nature humaine et divine, c’est ce que nous allons explorer dans le prochain chapitre.