3.6 Conclusions
Le modèle du Big Bang constitue aujourd’hui le cadre scientifique le plus solide pour décrire l’évolution de l’univers. Il s’accorde avec un ensemble remarquable d’observations indépendantes : expansion des galaxies, fond diffus cosmologique, abondance des éléments légers et formation des grandes structures.
Cependant, une distinction essentielle doit être maintenue :
- le Big Bang décrit l’évolution de l’univers à partir d’un état très dense et très chaud,
- mais il ne suffit pas, à lui seul, à établir l’existence d’un commencement absolu.
Pour répondre à cette question, il faut se tourner vers des arguments plus généraux. Deux lignes de réflexion convergent alors :
- Le théorème de Borde–Guth–Vilenkin (BGV) indique que tout univers en expansion ne peut être prolongé indéfiniment vers le passé.
- Le deuxième principe de la thermodynamique suggère qu’un univers éternel aurait déjà atteint un état d’équilibre maximal, ce qui n’est pas le cas du nôtre.
Ainsi, même si la description physique des tout premiers instants reste incomplète, l’idée d’un commencement réel de l’univers apparaît comme une hypothèse difficile à éviter.
Il n’est donc ni irrationnel ni scientifiquement infondé de penser que l’univers a eu un commencement : un point d’origine situé il y a environ 13,8 milliards d’années, marqué par un état extrêmement dense et chaud. Du point de vue philosophique et mathématique, l’idée d’un passé réellement infini soulève en outre des difficultés : Une suite réellement infinie d’événements successifs ne peut pas être « parcourue » étape par étape ; or nous sommes bel et bien arrivés au présent. Cela suggère que le temps a eu un début et que la série d’événements passés n’est pas infinie.
Sur cette base, nous considérerons comme axiome 2 l’énoncé selon lequel l’univers a commencé à exister.
Nous avons aussi examiner pourquoi il est raisonable de penser que « Tout ce qui commence à exister a une cause », notre axiome 1. Il s’appuie sur le principe de causalité couramment admis — on n’observe pas de réalité surgir sans conditions antécédentes. L’expérience ordinaire comme la pratique scientifique montrent que les commencements (naissances, transformations, transitions de phase) surviennent lorsque des causes et des contraintes sont réunies. Sur le plan logique, l’auto-causation est incohérente (ce qui commence ne peut se produire soi-même) et la causalité circulaire n’explique rien. Les phénomènes quantiques n’infirment pas ce cadre : le « vide » physique n’est pas le néant, et les processus aléatoires (par exemple une désintégration) restent régis par des lois et par un état préalable.
En admettant ces deux axiomes, la conclusion de l’argument cosmologique de Kalam1 s’impose : l’univers a une cause. Cette cause ne peut appartenir à l’univers, puisqu’elle en est à l’origine. Elle doit donc être immatérielle, hors du temps, puissante et intentionnelle. En d’autres termes, elle possède les attributs d’une cause première.
Enfin, il est utile de rappeler le rasoir d’Occam2 : à données égales, on privilégie l’explication qui mobilise le moins d’hypothèses gratuites. On l’invoque parfois contre l’idée d’une cause première ; il s’applique tout autant aux théories cosmologiques concurrentes du Big Bang qui multiplient les postulats non vérifiés (par exemple certains scénarios de rebond supposant des mécanismes ad hoc de réinitialisation de l’entropie). Tant qu’aucune observation robuste n’exige ces ajouts, le cadre standard — Big Bang éventuellement précédé d’une phase d’inflation et complété par ΛCDM — en tant que commencement de l’univers reste la description la plus parcimonieuse et la plus prédictive. Si de nouvelles données le mettaient en défaut, il devrait naturellement être ajusté : ainsi va la connaissance, qui progresse par hypothèses explicites, prédictions contrôlables et révisions au contact des observations.
Axiome 1: Tout ce qui commence à exister a une cause.
Axiome 2: L’univers a commencé à exister.
Affirmation 1 : L’univers ayant eu un commencement, il dépend donc d’une cause extérieure à lui-même — une réalité incréée, immatérielle, hors du temps, puissante au plus haut degré, intentionnelle ou personnelle. Cette réalité constitue la cause première de tout ce qui existe.
Références #
*William Lane Craig, The Kalām Cosmological Argument, 1979. ↩︎
Baker, A. (2023). “Simplicity.” The Stanford Encyclopedia of Philosophy (Fall 2023 Edition), Edward N. Zalta (ed.). Lien : https://plato.stanford.edu/entries/simplicity/ ↩︎